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Consultation #PACTE
Orienter l’épargne des Français vers les entreprises Audition par la Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la croissance et la transformation des entreprises  à l'Assemblée nationale
18 juillet 2018

 

Introduction de Guillaume PRACHE au nom de BETTER FINANCE & la FAIDER

 

 

"M. Guillaume Prache, directeur général de Better Finance. Je vous remercie de donner l’occasion à un centre d’expertise indépendant au service des usagers des services financiers de s’exprimer sur ce projet de loi. Nous sommes au service des épargnants français 
et européens. Nous faisons beaucoup de recherches, et nous publions chaque année la seule étude sur l’épargne longue en Europe, y compris en France. Nous venons, par ailleurs, de sortir deux études plus ciblées, l’une sur le robot advice, l’autre sur la fameuse gestion pilotée que les Anglo-Saxons appellent les life cycle funds – qui sont au cœur du projet PACTE. Nous soutenons très fortement les objectifs qui figurent dans l’exposé des motifs du texte : 

 

  • faciliter la croissance des entreprises, notamment des PME qui favorisent l’emploi et la croissance, surtout quand elles sont innovatrices ; répondre au besoin d’actionnaires de long terme ; 
  • développer le financement en fonds propres – donc en actions ; 
  • développer l’épargne longue. 


J’exprimerai trois préalables et trois observations clés, sur lesquelles nous pourrons bien sûr revenir. 

 

Le premier préalable est qu’il ne faut jamais oublier que l’épargne des ménages est la principale source de financement de l’économie. Il importe donc d’accroître la confiance des épargnants qui, en France comme en Europe, est très basse. 

Tout « fléchage » – pour reprendre un mot employé dans le projet de loi – de l’épargne des Français vers les entreprises, vers l’investissement et vers l’innovation doit d’abord respecter les règles de protection des épargnants en matière de devoir d’information, étant précisé que les produits financiers sont plutôt vendus qu’achetés. Or, les « visites mystère » de l’Autorité des marchés financiers (AMF), pour citer cette seule référence, montrent que les fonds indiciels à bas coût – les fonds négociés en bourse (ETF) et les actions – ne sont jamais ni expliqués, ni proposés, ni promus aux particuliers. Il ne faut donc pas reprocher à ces derniers de ne pas investir en actions ou en ETF. Et pour cause : vous ne pouvez pas acheter un produit qui n’est pas sur l’étalage !


Il se trouve néanmoins que l’intérêt des épargnants rejoint tout à fait l’orientation du projet PACTE, dont la première ligne de l’exposé des motifs pour la partie « financement » indique qu’il s’agit d’améliorer les perspectives de rendement pour les épargnants. En effet, 
celui des produits longs n’est pas bon. Les graphiques que je vous ai fait parvenir montrent qu’il existe un important écart entre les performances des marchés de capitaux, qu’il s’agisse des actions ou, plus encore, des obligations – mais pour ces dernières, c’est désormais du passé puisque les rendements sont désormais plutôt proches de zéro –, et celles des produits de placement proposés aux épargnants, comme les fonds de pension ou les assurances-vie. 


Après inflation, les premières ont représenté plus de 2,60 % par an, tandis que les produits dits « packagés » étaient parfois très en deçà. Une analyse plus précise montre aussi que, depuis vingt ans, les actions cotées des PME en France, en Europe et aux États-Unis « sur￾performent » très largement les grosses capitalisations. En France comme en Europe, on a une vue biaisée du marché des actions puisqu’on ne parle que des indices CAC 40 et Euro Stoxx 50, c'est-à-dire respectivement 40 et 50 valeurs. Entre fin 1999 et fin 2017, le Stoxx 50 a fait +29 %, tandis que l’inflation européenne a été de 40 % : les épargnants ont donc perdu du pouvoir d’achat. S’ils n’avaient pas investi uniquement dans les actions de 50 grandes entreprises qui non seulement détruisent de l’emploi mais croissent moins que les PME, ils auraient fait +87 %, soit une performance près de trois fois plus élevée. L’analyse est la même pour la France. 

 

D’où l’intérêt des épargnants pour le projet PACTE, qui vise à orienter et à faciliter le déploiement de l’épargne vers les actions, notamment celles des PME. 


Deuxième préalable : il ne faut pas oublier que les épargnants français, que l’on présente comme court-termistes et frileux, le sont beaucoup moins que les investisseurs institutionnels. D’abord, ils placent 61 % de leur épargne dans l’immobilier, qui est une 
épargne longue et à risque. Ensuite, leur épargne financière est constituée à 25 % d’actions, soit en direct, soit via des fonds en actions ou des unités de comptes en actions, tandis que le risque de placement des assureurs français n’est que de 10 %. Un groupe comme Axa détient même moins de 5 % en actions. Il faut donc certes augmenter la part en actions des épargnants, mais il faut aussi regarder, à l’intérieur du gros bloc d’épargne intermédiée par les assureurs et les intermédiaires financiers, ce qui se passe concernant les produits. Le fonds en euros d’un plan d’épargne retraite populaire (PERP) dont je suis administrateur, avec un horizon de placement à plus de vingt ans, n’est investi qu’à 10 % en actions.


Troisième préalable : il convient de regarder au-delà du seul échelon national. De très grandes initiatives européennes vont exactement dans la même direction que le projet PACTE. Je pense notamment à l’Union des marchés de capitaux, ainsi qu’au projet de 
produits d’épargne retraite individuelle paneuropéens.


Dans ce contexte, j’identifie trois priorités en ce qui concerne le projet PACTE, dont, je le répète, nous partageons pleinement les objectifs.


La première a trait aux produits d’assurance, premiers produits d’épargne financière des Français avec 1 600 milliards d’euros dans l’assurance-vie et 16 milliards d’euros dans les PERP, soit 1 % des placements en épargne retraite longue. L’assurance-vie est elle-même déjà assez longue, puisque la durée moyenne de placement est de douze ans. Ainsi, la principale priorité, qui n’aurait peut-être pas sa place dans le projet de loi en tant que tel, mais dans l’exposé des motifs, est la réforme des normes « Solvabilité 2 », que les assureurs mettent systématiquement en avant lorsqu’on leur reproche de ne placer que 10 % en actions dans un PERP et encore moins dans une assurance-vie classique. La France, puisqu’elle est particulièrement exposée du fait de l’importance de l’assurance-vie dans les placements à long terme des ménages, doit absolument obtenir un recalibrage de « Solvabilité 2 ». Mais ce n’est pas tout ! Il faut aussi demander aux assureurs un fort engagement. En effet, même avec « Solvabilité 2 », je constate que certains fonds en euro d’assurance-vie comptent 5 % en actions, tandis que d’autres en comptent 20 %. Pourtant, ils sont tous soumis aux règles de « Solvabilité 2 ». C’est donc qu’il y a d’autres problèmes.


On évoque parfois les fonds euro-croissance – à cet égard, nous soutenons les mesures de simplification contenues dans le projet de loi – et les unités de compte. J’attire tout particulièrement votre attention sur ce dernier point. En cumulé après inflation, les marchés de capitaux ont fait +54 % sur les dix-huit dernières années, contre +24 % pour les fonds en euros et -10 % pour les unités de compte. Pourtant, on nous explique depuis des années qu’il est stupide d’investir dans les fonds en euros, qu’ils ne rapportent rien et qu’il 
faut choisir les unités de compte. La raison principale vient du fait que les commissions sont trois à quatre fois plus élevées sur les unités de compte que sur les fonds en euros. Ainsi, la dé-surtransposition n’aura du bon que si l’on protège bien les épargnants contre le misselling – la vente frauduleuse – et les accumulations souvent cachées de frais tous azimuts, et si l’on met sur le même pied, aux points de vente, les produits simples et à bas coût et les produits chers. 

Les « visites mystère » de l’AMF montrent que tel n’est pas encore le cas, et que les fonds indiciels et les actions en direct ne sont pas proposés.


Sur les produits d’épargne retraite, nous soutenons très fortement l’objectif affiché du projet de loi qui vise à améliorer leur attractivité, mais nous identifions trois incohérences dans les mesures envisagées

 

Tout d’abord, alors que l’objectif gouvernemental est de passer de 200 à 300 milliards d’euros d’épargne retraite en cinq ans, l’exposé des motifs annonce l’alourdissement global de la fiscalité de cette épargne. Or dans tous les pays, celle-ci nécessite une incitation fiscale au départ. 

 

Deuxième incohérence, à notre avis : il faut non seulement un traitement plus favorable pour l’acquisition d’une rente viagère – avec un « dénouement permettant de se prémunir contre les risques liés au grand âge » –, mais il faut aussi un avantage

Nous sommes favorables à la liberté de sortir en capital ou en rente, mais en l’état actuel tout le monde choisira le capital et cela donnera des résultats catastrophiques, notamment quand vous irez au-delà de vos versements programmés. 

 

Troisième incohérence, l’abattement forfaitaire de 10 % sur les rentes, proclamé comme le Graal, existe déjà et est en grande partie absorbé par les pensions des régimes généraux et d’AGIRC-ARRCO.


Enfin, ce projet, qui contient d’autres très bonnes mesures – je présente juste les points d’amélioration, qui sont ceux qui vous intéressent le plus –, n’indique pas clairement s’il inclut les deux plus gros produits d’épargne retraite individuelle des Français, en 
l’occurrence Préfon et Corem. Je n’ai pas reçu de réponse claire du ministère de l’économie et des finances. Peut-être en obtiendrez-vous une ?


Sur la rente, nous avons des propositions plus précises à faire. J’aurais également voulu vous montrer l’importance de développer chez les Français la « culture » de l’investissement en actions, en allant au-delà des mesures envisagées dans le projet de loi, mais je crains d’avoir déjà dépassé mon temps de parole."

Réponse de Guillaume PRACHE

 

 

Questions de M. Jean-Noël Barrot, rapporteur thématique. 

 

" Ma première question a trait à la gestion dite passive. Vous avez souligné, monsieur Prache, que les épargnants ont très difficilement accès à des produits d’index à bas coût, que ce soit dans l’assurance-vie ou ailleurs. Est-ce une exception européenne, ou en est-il de même ailleurs ? 

Si c’est différent ailleurs, que vous semblerait-il intéressant de modifier dans le cadre législatif ou parlementaire pour faciliter l’accès des épargnants à ces solutions à faible coût ?


Par ailleurs, vous avez évoqué le plan d’épargne-retraite paneuropéen. Vous semble￾t-il qu’à ce stade, le projet de loi permettra la convergence du système d’épargne supplémentaire de la France vers ce système européen qui s’annonce ? "

" Pour répondre à la question de M. Barrot, nous ne faisons pas de promotion particulière de la gestion active ou passive, mais nous observons que les fonds indiciels cotés ont de très faibles frais et permettent souvent une diversification très importante. Ils constituent donc un bon véhicule pour investir en actions. Par ailleurs, pour répondre spécifiquement à votre question, ce n’est pas une exception française. Aux États-Unis, en effet, 50 % du marché des ETF indiciels s’adresse aux particuliers, contre 10 % en Europe. Les données les plus récentes montrent que la part des ETF indiciels monte en Angleterre et aux Pays-Bas, qui ont interdit le commissionnement et les rétrocessions. Ces produits n’étant pas ou peu commissionnés, c’est la raison pour laquelle ils ne sont pas 
proposés aux guichets français, italiens ou encore allemands – ce n’est pas moi qui le dis, mais l’AMF. 

Comment y remédier ? Je pense, et c’est peut-être une nuance par rapport aux propos de Nicolas Véron, qu’il existe déjà beaucoup de mesures pour la protection des épargnants dans la réglementation européenne. Encore faut-il les appliquer. Il faut aussi les rendre cohérentes. Or pour la protection des épargnants, il existe une incohérence entre d’une part la directive sur les marchés d’instruments financiers (MIF 2) qui couvre les actions, les obligations et les fonds en direct, et d’autre part la directive sur la distribution d’assurance 
(DDA) qui couvre tous les produits assurantiels. La protection n’est pas la même, notamment concernant la prévention des conflits d’intérêts dans la distribution. L’AMF effectue des « visites mystère ». En tant que membre de sa commission consultative « épargnants », je n’ai de cesse de l’inciter à transmettre à l’inspection les dossiers de conflit d’intérêts identifiés par sa direction des relations avec les épargnants. Manifestement, les règles sur la prévention des conflits d’intérêts et la primauté de l’intérêt de l’épargnant ne sont pas respectées. 

 

Sur le PERP, il existe une certaine convergence avec le projet PACTE – heureusement ! Mais nous aimerions qu’elle soit plus forte. L’option par défaut, dans le projet de loi, est la gestion pilotée. Cela nous paraît très positif pour augmenter la part d’actions dans la phase d’accumulation. Mais cette mesure est encore en débat au niveau européen. La Commission avait proposé un dispositif contre lequel nous sommes vent debout, en l’occurrence une protection du capital, mais pas de gestion pilotée. Nous serions ravis s’il 
s’agissait d’une véritable protection du capital. Or, si vous lisez le projet européen dans le détail, vous verrez que c’est après frais accumulés – donc sur quarante ans, le capital est garanti au mieux à 60 % et non à 100 % – avant inflation. Finalement, on vous garantit le quart des versements effectués quarante ans plus tôt, et sans vous le dire, voire en vous affirmant que vous êtes entièrement garantis ! Cela ne va pas. Nous avons donc d’autres propositions en la matière.

 

Il faudrait aussi parvenir à ce que les associations indépendantes d’épargnants puissent souscrire à un plan européen d’épargne retraite individuel (PEPP). En 2016, les fonds en euro proposés par les associations indépendantes d’assurance-vie membres de la 
Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite (FAIDER) ont en moyenne donné une performance de 2,64 %, contre 1,73 % pour les fonds des bancassureurs. Cela représente près d’un point d’écart, soit, rapporté à la part des bancassureurs, 7 milliards d’euros en moins de rendement pour les épargnants concernés. 

 

Sur la phase de sortie, le projet de l’Union européenne, pour l’instant, ne se prononce pas sur l’option par défaut. Nous avons proposé – pour l’option par défaut comme pour le projet de loi PACTE – que l’on puisse choisir de sortir en capital ou en rente, tout en souscrivant une rente viagère différée à l’âge d’espérance de vie, soit 80 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes. Cela permettrait de cumuler tous les avantages pour l’économie comme pour l’épargnant, notamment en conservant une part d’actions non négligeable. C’est une option de la rente Riester, qui est le produit d’épargne retraite de référence en Allemagne. Aux États-Unis, où il existe un vrai marché de la rente, ce n’est pas cher. C’est ce qui manque en Europe. "

Question de Laurent Saint-Martin

 

" Enfin, monsieur Prache, je n’ai pas bien compris votre position quant à la liberté de sortir en capital ou en rente. Pouvez-vous la préciser ? Êtes-vous favorable à ce que propose le projet de loi ? J’ai bien compris ce que vous voudriez le modifier sur l’aspect rente, mais la liberté de sortie en capital telle qu’elle est aujourd’hui proposée par le ministre vous convient-elle ? "

Réponses de Guillaume PRACHE

 

" Par ailleurs, pour répondre à M. Saint-Martin, je n’opposerais pas nécessairement la culture de la défiscalisation et celle de la performance financière, même si nous sommes favorables à l’amélioration de cette dernière. Concernant la culture de la défiscalisation, j’observe que dans toute l’Europe, et quasiment dans le monde entier, l’épargne retraite bénéficie d’une incitation fiscale. Mais à l’heure actuelle, en France, pour l’épargne retraite individuelle, ce n’est qu’un différé d’imposition. En effet, vous êtes prélevés à la sortie. Finalement, vous payez deux fois les prélèvements sociaux : vous ne les déduisez pas de l’assiette à l’entrée, et si vous sortez en rente viagère, vous les payez à nouveau sur la partie épargne. Il ne faut pas exagérer !


Sur la performance financière, je suis d’accord avec vous. Nous avons des propositions, qui sont soutenues par certains de nos membres en France. Elles portent sur un éveil précoce des jeunes à l’entreprise et un plan d’épargne en actions (PEA) pour les jeunes –
non pas pour plomber le budget de l’État, monsieur Saint-Martin, mais pour faire émerger une culture de l’investissement en actions. Les actionnaires individuels sont nettement moins nombreux qu’avant, et ils sont de plus en plus âgés. En 1970, ils détenaient 40 % de la capitalisation française, contre 13 % aujourd’hui. Nos autres propositions visent à offrir systématiquement une tranche aux particuliers dans les cessions des participations de l’État en bourse. Certaines mesures du projet de loi sont très favorables à l’actionnariat salarié ; nous en proposons d’autres. 

 

Par ailleurs, il faudrait, bien sûr, développer les sociétés non cotées. Toutefois, commençons déjà par les PME cotées. En outre, pour que les sociétés non cotées puissent se financer – vous le savez aussi bien que moi et Nicolas Véron encore mieux –, l’un des 
débouchés naturels est la sortie en bourse. Sans un important marché de petites et moyennes capitalisations, très liquide, cela ne fonctionnera pas. Nombre de nos propositions portent donc sur ce point.
Nous sommes très clairement pour la liberté de sortie en capital ou en rente afin d’améliorer l’attractivité de l’épargne retraite, à condition que l’on fasse vraiment ce qui est mentionné dans l’exposé des motifs, c’est-à-dire que l’on favorise fiscalement la rente. Sinon, tout le monde choisira la sortie en capital. Plus généralement, il faut arrêter de pénaliser l’épargne longue. On est malheureusement revenu sur les abattements en fonction de la durée pour les investissements directs en action, et on a défiscalisé l’épargne en assurance-vie courte. Il faut pourtant tenir compte de l’érosion monétaire et ne taxer que les revenus réels si l’on veut encourager l’épargne longue d’investissement en actions. 

 

Sur la protection du consommateur, de nombreuses mesures sont déjà prises au niveau européen. Nous ne préconisons pas une interdiction des commissions, comme l’ont fait l’Angleterre et les Pays-Bas. En effet, dans le modèle de l’Europe continentale, notamment de la France, la distribution est assurée au moins aux deux tiers par les bancassureurs – donc des salariés qui vendent des fonds sans percevoir de commissions. Mais il faut appliquer la loi et la directive MIF, qui sont très claires : les commissions doivent être dans l’intérêt des épargnants. Malheureusement, les « visites mystère » de l’AMF et de nombreux autres éléments prouvent que tel n’est pas le cas. 
Je partage l’idée selon laquelle le projet de loi doit intégrer Préfon et Corem – et, plus généralement, les régimes par points. Avoir une phase de gestion pilotée dans la phase d’accumulation est compliqué pour ces régimes, qui sont gérés actuariellement dès le premier 
euro versé. Mais l’on doit pouvoir trouver des solutions !


Enfin, pour inciter les institutionnels à aller davantage vers les produits intermédiés et à augmenter massivement leurs investissements en actions, peut-être faudrait-il imposer des minima dans certains grands produits intermédiés.

 

 

Questions de Daniel Vasquelle

 

" Vous nous avez mis en appétit sur plusieurs sujets. Vous avez notamment parlé de la nécessité de mieux protéger le consommateur et d’un besoin d’initiatives nationales à défaut d’initiatives européennes. Pouvez-vous revenir sur ce point et préciser votre pensée ?

 

Quelles initiatives pourrait-on prendre, au plan national, pour mieux protéger le consommateur ?


Vous avez également insisté tous les deux sur la nécessité de faire en sorte que les Français comprennent mieux l’épargne. Vous avez dit souhaiter favoriser la culture de l’investissement en actions et mieux informer les épargnants afin qu’ils puissent mieux orienter leur épargne vers le financement de l’économie. Au-delà de cette pétition de principe, pouvez-vous émettre des propositions concrètes ? Comment le législateur pourrait-il faire en sorte que, demain, les Français soient plus sensibles au financement de l’économie et orientent mieux leur épargne ?


Ma troisième question concerne les acteurs institutionnels, à propos desquels vous avez fait le constat qu’ils n’investissent pas suffisamment dans l’économie. Quelles sont vos propositions en la matière ? Que pourrait-on ajouter au projet de loi pour que, demain, les acteurs institutionnels participent plus au financement de l’économie ?


S’agissant de Préfon, je partage votre interrogation. Je ne comprends pas pourquoi ce fonds n’est pas concerné par le texte. J’ignore si c’est un oubli ou si c’est volontaire, ou encore si j’ai mal lu le texte. Je me pose beaucoup de questions ! "

 

Questions de Jean-Paul Mattei

 

" Quand on vous entend, on a le sentiment que la règlementation tue l’épargne, l’envie d’investir et la notion de capital-risque. Pensez-vous que le projet de loi aille assez loin ? La recherche de protection de l’investisseur, en l’orientant vers des produits sécurisés et en mettant des barrières, ne se retourne-t-elle pas contre lui ? 


Par ailleurs, vous évoquez la loi bancaire – qui est un frein à de nombreuses actions. Que pensez-vous de la suppression du monopole ? Je pense notamment au financement des entreprises via les comptes courants d’associés, ou les prêts inter-entreprises ? N’y aurait-il pas des pistes d’évolution en toilettant la loi bancaire ? " 

 

Questions de Charles de Courson

 

" Monsieur Prache, que pensez-vous de l’idée d’imposer dans les contrats d’assurance￾vie en euro une part croissante d’investissements dans un plan d’épargne en actions destiné au financement des PME et ETI (PEA-PME) ? 

Actuellement, nous sommes à 1,7 % ; on nous avait promis 2 % il y a dix ou quinze ans. Augmenter d’un point en cinq ans représenterait 2,5 milliards d’euros sur 1 300 milliards. Qu’en pensez-vous ?


Par ailleurs, avez-vous une réponse à la question de l’intégration des quatre fonds de pension des fonctionnaires et assimilés dans le projet de loi ? Tel que je l’ai lu, il semble que non. Ne faudrait-il pas amender le texte pour les intégrer ? "

Questions de Valérie Faure-Muntian

 

" Quid de la possibilité de financement par les Initial Coin Offering (ICO) ? Monsieur Véron, vous avez indiqué que vous ne faisiez pas pleinement confiance au numérique et que vous étiez encore de l’ancienne école. Le projet de loi permettrait-il le financement de l’économie par ce biais ? La technique de chaînes de blocs, ou blockchains, se propose même de « disrupter » le milieu bancaire. Les questions de concurrence ou de lutte anti-blanchiment doivent aussi être traitées à travers ce biais numérique. J’aimerais connaître votre avis sur ce point, pour ce qui concerne la France mais aussi l’Europe, puisque la Commission européenne a édicté des règles en inadéquation avec notre position. "

 

Questions de Marie-Christine Verdier-Jouclas

 

" Le cantonnement est une mesure très puissante de protection des droits des épargnants, que nous avons intégrée dans le projet de 
loi. Les auditions que nous avons organisées montrent une forte inquiétude des assureurs en la matière. Quel est votre avis sur ce sujet ? Par ailleurs, que pensez-vous de l’opportunité de prévoir une troisième option pour les produits d'assurance-vie et les produits de retraite, en l’occurrence une sortie en rente bonifiée pour prévenir la dépendance, qui concernera un nombre croissant de personnes ? "

 

 Réponses de Guillaume Prache

 

" Je ne serai pas long sur les ICO, mais je voudrais seulement insister sur l’importance de ne pas qualifier les crypto-monnaies d’investissement, d’épargne ou de placement – ou alors, investir dans la monnaie vénézuélienne serait un placement ! Les 
crypto-monnaies sont des monnaies, certes très spéculatives. 


Je n’aurai pas assez de temps pour parler de l’effet de la blockchain sur les banques.


Le cantonnement est un sujet très important. En France, je l’ai dit, l’assurance-vie est le produit dominant pour les particuliers en termes d’épargne financière longue. Dans l’épargne retraite, les souscripteurs de PERP bénéficient d’un cantonnement réglementaire. C’est très utile et très important, car si vous n’êtes pas dans un canton mais dans l’actif général de l’assureur, l’expérience montre que les contrats longs anciens et fermés sont très peu rémunérés et que les contrats nouveaux ont souvent des taux bonifiés. Et pour cause : l’assureur peut faire ce qu’il veut quand les contrats n’ont pas d’actif spécifique en regard ! 


Notre position est claire. Nous voulons garder la protection qu’ont les souscripteurs de PERP grâce à l’existence d’un canton par produit d’épargne retraite. Je comprends bien que c’est fastidieux et contraignant pour les assureurs, d’autant qu’actuellement les PERP sont tout petits. Mais je n’ai jamais entendu dire que cela leur posait des problèmes fondamentaux. 

 

Je sais bien que les assureurs voudraient qu’il n’y ait aucun canton, même pas un canton global pour l’épargne retraite par rapport à l’épargne plus courte. Mais, comme le dit très justement le projet de loi, il ne serait pas juste que les gens qui ont une épargne plus 
longue soient fondus avec ceux qui investissent à court terme. Se pose aussi un problème de sécurité : ainsi, en cas de faillite, il nous semble normal de protéger les retraites avant les placements à court terme. J’ai senti que le gouvernement voudrait abandonner le 
cantonnement par PERP. Au pire, pour le dire de cette façon, notre position de repli serait un cantonnement global, chez chaque assureur, pour tous les produits d’épargne retraite. Cela les aiderait, d’ailleurs, du point de vue de « Solvabilité 2 ». Mais dans ce cas, il faudrait aussi un cantonnement contractuel pour chaque produit. Cela existe dans l’assurance-vie. La plupart des produits des associations indépendantes d’épargnants, que vous connaissez, sont des fonds contractuellement cantonnés. C’est moins fort que le cantonnement juridique des PERP, mais cela permet d’avoir un portefeuille en face de son épargne.


Quant à la rente bonifiée « dépendance », je n’appellerais pas cela une troisième option. Cette formule rejoint tout à fait notre préoccupation d’une liberté de choix entre capital et rente. Mais dans les cas de grand âge et de dépendance, il s’agit de ne pas faire 
comme la cigale de La Fontaine, au risque de se trouver fort dépourvu quand l’hiver sera venu. Aussi soutenons-nous l’idée d’un de vos collègues selon laquelle la rente viagère devrait être exonérée en cas d’entrée en dépendance. Cette mesure serait assez juste, puisque, 
quand vous choisissez la rente viagère, vous bloquez complètement votre épargne.

 

Enfin, je soutiens fortement les propos de Nicolas Véron concernant la protection des consommateurs en général. Il faut que la France aide au maximum, même si je suis assez pessimiste puisque je pense que le Conseil européen réussira à reporter le projet de réforme 
des autorités de supervision, donc l’ESMA mais aussi l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA). En effet, dans le projet d’épargne retraite individuelle paneuropéenne, le Conseil européen n’a pas voulu que l’EIOPA ait un pouvoir de contrôle et de standardisation. Le fait qu’il botte en touche est très grave. Je citerai un seul exemple, puis je m’arrêterai là. Nous avons récemment publié une étude sur la façon dont les superviseurs des fonds font respecter la réglementation sur le document d’information clé pour l’investisseur (DICI), qui fait deux pages. L’ESMA et l’AMF invitent à juste titre les épargnants, pour choisir un fonds, à essayer d’apprécier comment le gérant a réussi ou non à atteindre ses objectifs – d’où l’importance du graphique qui compare la performance du fonds en question sur au moins dix ans avec la performance de l’indicateur de référence ou du benchmark. 

En France, 99 % des fonds publient effectivement ces données. Mais 54 % des fonds luxembourgeois et 80 % des fonds irlandais ne le font pas. Or ce sont les pays qui bénéficient le plus du seul produit d’épargne paneuropéen, à savoir l’OPCVM, qui peut être 
distribué dans toute l’Europe. Mais lorsque je demande à l’ESMA de réagir, son président est forcé de reconnaître qu’il ne peut rien faire – en partie parce qu’il est un peu timide, mais en partie aussi parce qu’il n’en a pas les moyens. Et le président de l’AMF me dit la même 
chose. "

 

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